ALLIANCE MONDIALE DES RÉCUPÉRATEURS
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RÉCUPÉRATEURS
L'Alliance Mondiale des Récupérateurs de déchets est un réseau d'organisations de récupérateurs soutenu par WIEGO, dans plus de 28 pays, plus spécialement en Amérqiue Latine, en Asie et en Afrique.
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février 02, 2012


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Refus catégorique des récupérateurs des solutions de valorisation énergétiques de déchets, jugées fausses, et solidarité avec les récupérateurs emprisonnés dans la région du nord du Mexique

Les déchets sont devenus un dossier important de l’agenda international en matière de changements climatiques.

Les émissions de gaz à effet de serre émanant de déchets sont à la hausse.  Plus précisément, on s’attend à ce que le gaz de méthane émanant de décharges à ciel ouvert augmente de près de 50 pour cent entre 1990 et 2020.  Étant donné que le méthane est un puissant gaz à effet de serre, la diminution des émissions de méthane est essentielle à la prévention de changements climatiques catastrophiques. (Voir « Récupérateurs: La COP17 est importante ! » pour de plus amples informations sur les changements climatiques).

Les tentatives de réduction des émissions de méthane émanant de déchets par le biais de politiques se sont surtout centrées sur le Mécanisme pour un développement propre (MDP) administré par les Nations Unies. Le MDP a été créé dans le but d’aider les pays riches à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par le biais du Protocole de Kyoto, signé en 1997.

Le MDP permet essentiellement aux pays riches d’acheter des permis de polluer auprès de pays pauvres dont les émissions de gaz à effet de serre sont faibles, plutôt que de diminuer leurs propres émissions. De cette façon, le MDP appuie des projets qui contribuent à la lutte contre les changements climatiques dans les pays du Sud.

Toutefois, dans le cas des déchets, le MDP ne fait pas un bon boulot. Des éléments de preuve considérables indiquent que les projets approuvés par le MDP sapent directement les communautés et l’environnement.  Cela est dû au fait que les pays riches continuent d’acheter des permis de polluer dans le but de se soustraire à leurs engagements de réduire leurs émissions pour sauver notre planète.

Jusqu’à maintenant, le MDP a surtout appuyé l’expansion des technologies de valorisation énergétique des déchets telles que les incinérateurs de déchets et les installations de captage de gaz d’enfouissement, qui constituent une énorme menace pour les récupérateurs.

Les incinérateurs brûlent les matériaux recyclables tels que le papier et le plastique pour produire de l’électricité. Les systèmes de captage de gaz d’enfouissement enterrent les légumes et les déchets de cuisine, mêlés à d’autres types de déchets, afin de produire du méthane et de l’électricité.

Ces technologies sont donc en concurrence directe avec la précieuse contribution qu’apportent les récupérateurs à la prévention de changements climatiques catastrophiques, de même qu’avec l’ensemble des programmes de recyclage. Les récupérateurs et autres recycleurs sont à même de réduire les gaz à effets de serre bien davantage que ces technologies, en particulier lorsque leur travail est combiné à des méthodes de traitement biologique.

Le recyclage du papier, du plastique et des métaux constitue une façon très efficace de prévenir la pollution générée par la production de biens. En effet, chaque étape de la production, qu’il s’agisse de l’extraction, du transport, du traitement, de la distribution, de la consommation ou de l’élimination finale, génère de la pollution. Par contre, lorsque nous recyclons, nous n’avons pas besoin de produire autant de biens. Nous pouvons donc prévenir la pollution dès le départ.

En ce qui concerne les légumes et les déchets de cuisine, nous devrions veiller à ce qu’ils ne se rendent pas dans les sites d’enfouissement, afin d’éviter les émissions de méthane. Nous pouvons plutôt accumuler ces déchets dans des installations qui les transforment en engrais pour les récoltes. Ce type d’engrais s’appelle du compost.

Le recyclage constitue le moyen de subsistance d’environ 15 millions de personnes dans le monde — un pour cent de la population urbaine dans le monde en développement. Les récupérateurs sont des recycleurs incroyablement efficaces, avec des taux de recyclage au-delà de 80 pour cent dans certains endroits où ils se chargent des légumes et des déchets de cuisine, comme au Caire, en Égypte.

À Delhi, en Inde, on estime que le secteur informel permet à la ville d’éviter de rejeter trois fois plus d’émissions de gaz que les autres projets de gestion des déchets qui bénéficient de permis de polluer dans cette ville. Les récupérateurs représentent une énorme occasion de réduire les émissions de gaz à effet de serre en augmentant les taux de recyclage, s’ils bénéficient d’un appui approprié et de la reconnaissance qui leur est due.

Les dangers de l’incinération

Le MDP ne tient pas compte des récupérateurs et du potentiel des programmes de recyclage, tandis que ses sites d’enfouissement et incinérateurs donnent lieu à une augmentation des émissions qui émanent de matériaux que les récupérateurs recyclaient auparavant, et qui sont maintenant incinérés ou enfouis.

Dans le cas des incinérateurs, l’énergie produite par la combustion de matériaux recyclables donne lieu à un niveau beaucoup plus élevé d’émissions de gaz à effet de serre que les autres moyens conventionnels de production d’énergie, comme les centrales thermiques alimentées au charbon. Le combustible fossile ajouté pour brûler les déchets organiques n’est pas une énergie « renouvelable », de sorte que l’absence de suivi de cette méthode comporte de sérieuses implications pour l’intégrité environnementale du MDP.

De plus, le MDP n’exige aucun suivi des mesures anti-pollution dans les incinérateurs, pas plus qu’il n’oblige ces derniers à se conformer à ces mesures. Les incinérateurs sont donc une source de pollution majeure.

Dans le cas des systèmes de captage des gaz d’enfouissement, les émissions de méthane ne sont pas réduites autant que les promoteurs de ces projets ne le prétendent. En fait, c’est le contraire.  Leur faible taux d’efficience donne lieu au rejet d’un volume considérable d’émissions de méthane dans l’atmosphère.

Il existe des preuves à l’effet que les opérateurs de sites d’enfouissement manipulent les sites afin d’augmenter les émissions de méthane et faire davantage de profits, de sorte que ces projets résultent en une augmentation des rejets de méthane dans l’atmosphère.

Suite à une solide campagne menée par l´Alliance mondiale anti-incinérateur (GAIA), Femmes dans l´emploi informel : Globalisation et Organisation (WIEGO), et l´Alliance mondial de récupérateurs,  le MDP a inscrit la révision de ses projets dans son plan de travail. Nous espérons que cela permettra de corriger les failles méthodologiques qui surestiment les réductions de gaz à effet de serre auquel donnent lieu ces projets.

En collaboration avec des récupérateurs de l’Amérique latine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud, la GAIA a soumis des commentaires détaillés sur ces projets au secrétariat du MDP.

De plus, nous avons également saisi l’occasion qui nous a été offerte de présenter ces questions et d’en discuter avec le Secrétariat du MDP et d’autres parties prenantes pendant l’atelier de praticiens sur les normes du MDP tenu à Bonne en juin de cette année, au cours duquel une demi-journée a été consacrée aux problèmes liés à ce type de projets.

Nous suivrons de près comment le MDP résoudra la question de ces failles méthodologiques afin de se conformer à son mandat. S’il ne le fait pas, cela équivaudra à émettre de faux permis de polluer, ce qui mettrait en péril le moyen de subsistance de millions de récupérateurs et minerait encore davantage la confiance dans le MDP.

Mariel Vilella

Photo par Lucia Fernandez