ALLIANCE MONDIALE DES RÉCUPÉRATEURS
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RÉCUPÉRATEURS
L'Alliance Mondiale des Récupérateurs de déchets est un réseau d'organisations de récupérateurs soutenu par WIEGO, dans plus de 28 pays, plus spécialement en Amérqiue Latine, en Asie et en Afrique.
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octobre 05, 2012


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Deia de Brito

Quand on parle du capitalisme, de la privatisation des biens et services publics ou de la crise économique mondiale, il est impossible de ne pas parler de patriarcat, à savoir le système d’organisation sociale où les hommes détiennent plus de pouvoir que les femmes. Et quand on parle du changement de la société de manière à ce qu’elle soit libre de toutes les formes d’inégalité, il va de soique les femmes doivent participer à la discussion et au processus. Le vrai changement est plus que jamais tributaire de l’autonomisation des femmes et de leur participation.

Les critiques peuvent fustiger les inégalités qu’engendre le système économique mondial actuel, mais le véritable défi est de faire entrer l’égalité des droits et la justice sociale dans les mœurs de nos propres mouvements sociaux. C’est à l’intérieur des espaces comme le Sommet des peuples — où les mouvements sociaux sont à l’origine de modèles économiques et sociaux durables — que les femmes doivent être des leaders forts et présents.

women wps at people's summit

Récupératrices au Sommet des peuples

Le rôle des femmes dans la création d’une société mondiale juste, tel que le Sommet des peuples l’a mis en avant, a été expliqué dans la déclaration finale publiée le 19 juin :  LIEN VERS LA DÉCLARATION FINALE

« Nous exigeons une transition juste qui, pour être juste, doit élargir la notion de travail, reconnaître le travail des femmes et mettre sur la balance la production et la reproduction de sorte que celle-ci ne soit pas considérée comme le domaine exclusif des femmes. Cette transition doit également inclure le droit de s’organiser, le droit à la négociation collective et la mise en place d’un large filet de sécurité faite de sécurité et de protection sociales —  entendues comme un droit de la personne — en plus des politiques publiques qui garantissent l’accès à un travail décent ».

women wps at the people's summit

Récupératrices au Sommet des peuples .

« Nous nous réclamons du féminisme comme un moyen de parvenir à l’égalité, à l’autonomie des femmes vis-à-vis de leur propre corps et sexualité ainsi qu’au droit à une vie exempte de violence.  De même, nous réaffirmons l’urgence d’une répartition plus équitable des richesses et des revenus, de la lutte contre le racisme et l’ethnocide, de la garantie du droit à la terre et au territoire, le droit aux villes, les droits à l’environnement, à l’eau, à l’éducation et à la culture ainsi qu’à la liberté d’expression et la démocratisation des médias. »

Les femmes du Mouvement national des récupérateurs du Brésil (MNCR) ont pris une part active aux panels organisés par le Mouvement national — où plus de 500 récupérateurs et alliés étaient présents tout au long de la semaine — tout comme les assemblées, organisées dans le cadre du Sommet, où les propositions collectives finales ont été débattues.

audience during people's summit gender panel

Membres du public lors de la table ronde sur le genre en milieu de travail.

« La question de l’autonomisation des femmes suscite de plus en plus d’attention  du fait que les gens connaissent le rôle que jouent les femmes dans les grands mouvements sociaux », a déclaré Sonia Dias, spécialiste de WIEGO et professeure invitée de NEPEM/UFMG (Núcleo de Estudos da Mulher da Universidade Federal de Minas Gerais ) à Belo Horizonte, au Brésil. En mai, Dias a organisé un groupe de discussion avec 17 récupératrices membres de différentes coopératives dans l’État de Minas Gerais (Brésil)  dans le but de débattre des idées porteuses à l’avenir d’un programme d’études du genre à l’intention des récupératrices latino-américaines de déchets.

focus group on gender, Belo Horizonte

Groupe de discussion composé de récupératrices de Minas Gerais, au Brésil, lors du débat sur la création d’un programme d’études sur le genre (Crédit : Sonia Dias) 

Lors de la première Conférence des récupérateurs d’Amérique latine et des Caraïbes, qui s’est tenue au Nicaragua en février, les membres de Red Lacre (Réseau latino-américain des récupérateurs), conscients du rôle des femmes dans la récupération, ont souligné l’importance d’explorer les questions du genre.

D’autres événements ont jalonné la vie du mouvement brésilien au fil des années.  Du 13 au 15 juillet, à l’occasion de la troisième Conférence nationale des récupératrices, 500 femmes provenant de 23 Etats se sont réunies à Pontal, dans l’État du Paraná (Brésil), pour aborder diverses questions (égalité des sexes, santé,  violence familiale et politiques publiques) au fil des conférences, des débats et des ateliers. Des activités culturelles étaient aussi au programme ainsi qu’un défilé dans la rue de Curitiba pour défendre l’égalité des sexes et protester contre l’incinération.

Participants at the Women Waste Pickers' Conference.

Les participants à la 3e Conférence annuelle des récupératrices défilent dans les rues de Curitiba, au Brésil. Crédit : MNCR)

Les femmes sont de plus en plus une cible des mouvements de récupérateurs à travers le monde. Au Sommet des peuples, lors du groupe d’étude sur « Genre et Travail » facilité par Dias et des récupératrices, Jyoti Mhapsekar, de Stree Mukti Sangatana, a parlé de la bataille difficile que les femmes indiennes continuent de mener, parce que la scolarité des filles est souvent abandonnée devant la nécessité de prendre soin des jeunes frères et sœurs à la maison et que le mariage précoce devient la solution devant le manque de possibilités.

Gender radio program participants

Représentants AlW, WIEGO, GAIA et  StreetNet à l’émission radio (Pink Radio) sur le genre

Les récupératrices brésiliennes présentes au Sommet des peuples se sont montrées réceptives aux idées de Mhapesekar, surtout lors des discussions, soulignant l’importance de la formation des femmes dans de multiples domaines, du sens de l’égalité des sexes à l’apprentissage de la conduite des camions de recyclage.

Les récupérateurs dans le mouvement brésilien ont, comme Armando, président de COOPERCATA, une coopérative dans Mauá, à São Paulo, également exprimé leur soutien  aux femmes.

« Les femmes, dit-il, jouent un rôle extrêmement important dans le mouvement : tout d’abord, en raison de leur capacité en tant que leaders; ensuite, en raison de leur sensibilité, marquée par une compréhension et une compassion plus grandes. Les femmes ont la capacité de donner la vie. Malheureusement, le système capitaliste ne se soucie pas des femmes. Qui plus est, le Brésil est un pays misogyne et il y a beaucoup de violence à l’égard des femmes. »

En marge du Sommet des peuples, Alex Cardoso, leader national au MNCR, et Deia de Brito, responsable de la communication à l’Alliance mondiale des récupérateurs, ont interviewé Maria Mônica da Silva et Viviane Mertig, membres MNCR, pour savoir  pourquoi il est important de parler du genre, des rôles des femmes et des politiques publiques favorables aux femmes. Ces deux femmes ont également fait partager leur parcours individuel et de leurs débuts en tant que récupératrices.

Entretien avec Maria Mônica da Silva, récupératrice et coordonnatrice de base du MNCR à São Paulo

Maria Monica da Silva at the People's March, Rio de Janeiro.

Maria Mônica da Silva au défilé populaire à Rio de Janeiro.

Alex Cardoso, récupérateur et organisateur au MNCR (Mouvement national des récupérateurs): Que pensez-vous du processus d’organisation des femmes ?

Monica: Je pense que nous avons besoin de formation et que nous devons être mieux informées et   comprendre le contexte de la production, surtout ce qui se passe, parce que, parfois, nous nous présentons et commençons à participer, sans savoir ce qui se passe réellement.

Pensez-vous que vous occupez le même espace que les hommes et que vous pouvez profiter de cet espace tout aussi bien que les hommes, ou est-ce différent ?

Je ne pense pas que nous en avons l’habitude,  mais nous gagnons du terrain et avons plus de possibilités de participer aujourd’hui.   Peu à peu nous devenons autonomes.  Car, si nous ne le sommes pas, on n’aura jamais de marge de manœuvre indépendante. Eh bien, quand vous nous incitez à nous organiser, c’est alors que nous devenons plus autonomes.

Croyez-vous à l’infériorité de la femme ?

Non, nous ne sommes pas inférieurs. Je pense que nous sommes privées de possibilités.

Deia de Brito, WIEGO : Quand les discussions des questions de genre ont-elles commencé ?

Marilza Lima [Institut de déchets et de  citoyenneté de Paraná] en est l’instigatrice. C’était en 2008, à la première Conférence des récupératrices à Curitiba, Marilza est entré en contact avec les récupératrices comme elle. La majorité des travailleurs dans les coopératives sont des femmes  dont des Noires et des lesbiennes.  Les femmes travaillent à la coopérative et elles travaillent à la maison.  Beaucoup de femmes souffrent de la violence en silence, sans mot dire.  Je pense que nous devrions faire une enquête sur le nombre de femmes : combien sont noires, combien sont lesbiennes, combien de victimes de violence congugale.  Et aussi combien de femmes membres d’une coopérative, leaders, mais n’occupent pas de poste de pouvoir. Le Mouvement, tous les mouvements, sont comme ça. Le Mouvement doit avoir le courage d’ouvrir cette discussion.

Maria Mônica speaks at gender panel.

Maria Mônica da Silva abordant la question du genre en milieu de travail. 

Pensez-vous que les hommes sont sexistes ?

Beaucoup, mais la plupart ne le sont pas. En fait, c’était un homme, Dudú, qui m’a donné envie de devenir activiste. Dudú m’a inspiré. Je me rappelle la première fois que je l’ai vu avec Valdilene et j’ai demandé à Valdilene : « Vous êtes marié et voyagez sans votre mari ? »  Et elle a dit : « Il sait que je suis une combattante. »  Dudú a dit : «J e suis marié aussi, et je voyage. Nous renforçons le Mouvement. » Il m’a dit : « Venez vous joindre à nous. »  Il est authentique.  Il inspire les autres à s’engager dans le Mouvement.  Il a réveillé le mouvement au fond de moi.  En 2006, j’ai suivi une formation auprès de lui, car je voulais me battre et être impliquée.

Et avant ?

En 2005, je travaillais comme récupératrice de rue et  suis devenue membre d’une association appelée Environmental Accord à Diadema. Cette même année, j’ai fait la connaissance du Mouvement et, en 2006, j’ai eu ma première formation. Quand j’ai regardé Valdilene, je me suis dit : « Je veux être comme cette femme, une combattante qui se bat comme un beau diable, mais parle du fond du cœur. Mes yeux se sont illuminés quand je les ai vus, elle et Dudú. » Dudú a dit : « Vous, les femmes, vous devez vous battre avec nous. »

Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ?

J’ai vécu dans la rue pendant près de trois ans.  Je suis venue à São Paulo, de Ceará, quand j’avais 14 ans. Je n’avais pas une bonne relation avec ma famille.  Ma mère était une mère célibataire et, à cette époque, c’était très difficile pour elle. Aujourd’hui, une telle situation est considérée comme étant normale. Elle devait aller travailler et me laissait avec ma grand-mère. J’ai été ballottée d’un parent à l’autre. Puis, ma mère a trouvé un mari et je suis allée vivre à nouveau avec elle.  Son mari a essayé de me violer et quand j’ai essayé de le lui dire, elle ne m’a pas cru.  Je me suis retrouvée dans la rue à 13 ou 14 ans avec une amie qui était dans la même situation. On s’est occupée de l’une l’autre. J’ai fait du stop à São Paulo en camion. Nous avons commencé à faire l’autoroute à pied mais, chaque fois qu’voyait un camion avec plus d’un homme à l’intérieur, on trouvait un endroit pour se cacher. S’il n’y avait qu’un seul, on ferait du stop. La collecte de déchets est le seul travail que j’ai appris à faire et connaissais, et ce, depuis l’âge de neuf ans, lorsque j’ai commencé à Ceará.

Une récupératrice a commencé à m’inviter à une coopérative à Diadema. En 2005, je suis entrée en contact avec le Mouvement pour la première fois, lorsque nous sommes allés à un événement COOPAMARE avec Lula, alors président du Brésil.  Le maire de Diadema allait signer un accord avec l’association dont je suis membre; c’est la première ville brésilienne à payer les récupérateurs en tant que prestataires de services. Les récupérateurs ont monté dans l’estrade et ont pris la parole. Ma vie a entièrement changé. Je ne comprenais pas ce que cela signifiait que de voter en toute conscience et que c’était une erreur de travailler avec mes enfants dans la rue.  Je pensais qu’il était préférable de les mettre au travail. Avant de rejoindre le Mouvement, je ne savais pas que les récupérateurs avaient une voix ou pouvaient se battre et se défendre.

Quand êtes-vous vraiment devenue un leader ?

D’abord, je devais le trouver en moi.  Je cherchais encore à savoir si c’était moi. Tout ce que je savais, c’est que quand je n’étais pas d’accord avec quelque chose, cela frapperait une corde sensible, mon cœur commencerait à battre et je trouverais que je devrais en parler, absolument, mais ne le pourrais pas. J’étais terrifiée de prendre la parole. Je ne savais pas que c’était le leader en moi qui s’éveillait.

Les femmes ont-elels peur de parler ?

Souvent, les femmes n’ont aucune envie de s’exprimer ou défendre telle ou telle cause parce qu’ils ont peur de se voir écrasées, rejetées et coupées de certaines choses. On ne peut trouver une personne plus intraitable que moi. Quand j’aime ou déteste quelque chose, je le dis haut et fort. Si je ne comprends pas quelque chose, je vais continuer à poser des questions jusqu’à ce que j’y voie clair, mais les femmes ne sont pas toutes comme ça.  Il peut y en avoir beaucoup qui n’ont pas compris ou ne sont pas d’accord, mais n’ont pas assez de confiance en elles-mêmes  pour prendre la parole. Mais l’autonomisation, c’est un processus.

Que veulent les femmes ?

Je pense que les femmes du Mouvement ne cherchent pas à conquérir le pouvoir. Nous ne voulons pas le pouvoir ni la célébrité. Les femmes veulent tout simplement l’égalité et montrer qu’elles peuvent faire changer des choses.

En quoi le travail des récupératrices est-il  différent?

Nous voyons les choses sous un jour différent. Les femmes sont plus aptes et plus amicales, réussissent mieux en porte-à-porte, car elles parlent, sont bien reçues par les gens et gagnent plus rapidement la confiance des propriétaires et des enfants. Il est difficile aux hommes qui travaillent avec nous à bord des camions à déchets de nous comprendre quand on a des crampes horribles. Or, c’est qui arrive dans les coopératives.  Il y en a qui n’ont que des femmes et les femmes à comprennent bien.

Les femmes ont beaucoup à apporter. Les gens oublient que le mouvement des récupérateurs ne résulte pas seulement des efforts des hommes. Les femmes constituent une partie intégrante du mouvement.

Entretien avec Viviane Mertig, récupératrice de  matériaux recyclables, Environmental Agents Cooperative à Foz do Iguaçu

Viviane Mertig speaking at the 2012 conference of women waste pickers.

Viviane Mertig prenant la parole lors de la Conférence des récupératrices.

Deia de Brito: Quel est le problème le plus épineux quand il s’agit du genre ?

Viviane: Les droits des femmes. Beaucoup de femmes sont battues, mais gardent le silence, malgré la loi Maria da Penha [une loi fédérale au Brésil qui durcit la peine pour les auteurs de violence familiale]. Il est intéressant de noter que, dans les ateliers que nous avons organisés, beaucoup de femmes ont ouvert le cœur : « Je vais au travail et quand je rentre chez moi, il prend tout mon argent et me laisse avec rien. Il me bat et me traite mal. » Alors, nous les guidons en leur disant : « Il y a une loi contre ces abus et s’il les commets, il doit être tenu responsable. Cette loi existe pour protéger les femmes. Vous avez des droits. Si vous travaillez, il doit travailler aussi. Vous n’avez pas à revenir chez vous et lui donner votre argent. » Nous sommes en train de préparer les  questions qui seront abordées dans les ateliers prévus cette année.  L’année dernière, il y avait un atelier d’artisanat où nous avons appris à faire du savon liquide et en pain. Tout cela contribue à augmenter le revenu familial. Tel est notre objectif.

En quoi le complément du revenu familial aide les femmes ?

Nous avons fait une étude et trouvé que 85 % des récupérateurs sont des femmes et que la majorité d’entre elles subviennent seules aux besoins de leur famille. Avec un revenu supplémentaire, elles peuvent mieux s’y prendre, surtout à l’égard de leurs enfants.

Quelles sont les problèmes les plus importants pour les récupératrices ?

Quand on regarde aujourd’hui les associations de récupérateurs, il y a des femmes qui chargent encore des camions à la main car elles n’ont pas l’équipement nécessaire. Or, nous savons que les femmes n’ont pas la force d’un homme pour soulever des objets lourds pour charger un camion. Nous essayons d’améliorer les conditions de travail des femmes, car elles sont la dans la majorité. Nous avons besoin de politiques publiques qui soutiennent les femmes, améliorent leur environnement de travail et leur santé. La santé est un enjeu majeur. Si vous soulevez une charge de 200 ou 300 kg, quel effet cela a-t-il sur votre retour ? Ou vos bras ?  C’est une question de santé au travail. Nous cherchons désespérément à apporter ces améliorations. Par exemple, y a-t-il une machine qui peut faire charger un camion ?

Avez-vous apporté de telles améliorations dans votre propre coopérative ?

Chaque fois que nous acquérons quelque matériel, nous voulons qu’il soit à la  disposition de tous. La coopérative s’est dotée d’équipement de levage de charges,   et nous avons remarqué une différence. L’équipement est très important. Par exemple, le fait d’avoir une table de tri de matériaux plutôt que de le faire au sol.  Nombreuses sont les récupératrices qui passent à la journée à se courber. Beaucoup ont fini par avoir des problèmes de dos dus à la flexion et au levage de charges trop lourdes. Allez voir dans les décharges où les femmes trimballent des sacs et, quand les camions arrivent pour déverser des matériaux, elles doivent littéralement courir après leurs moyens de subsistance, leur revenu. En Inde, nous avons vu un film sur les récupératrices portant des paniers de matériel sur la tête.  Pensez-vous que cela ne leur fait du mal ? Nous avons donc besoin de politiques publiques favorables aux femmes et à leur santé.

Pourquoi les femmes récupératrices sont-elles si nombreuses ?

Si vous arrivez à les connaître, la plupart d’entre elles, au moins dans la région où nous travaillons, sont séparées de leur mari, sont âgées, et originaires des zones rurales. Elles ont travaillé toute leur vie dans les champs. A mesure les villes se développent, elles ont cédé à la pression d’y venir. Or, à leur arrivée, tout ce qu’elles savaient faire était le travail agricole et ont commencé à travailler dans le recyclage. Le marché du travail d’aujourd’hui exige de l’expérience, mais il est difficile de vous faire ouvrir la porte d’entrée pour que vous puissiez acquérir de l’expérience. A 40 ans, vous êtes déjà considéré comme étant vieux et bon à rien, sauf qu’il vous toujours manger, un endroit pour vivre et de quoi payer vos factures et des dépenses. Nous devons nous pencher sérieusement sur ce problème, à savoir le premier débouché qui permet aux gens d’acquérir de l’expérience. Les hommes dans la même situation ont beaucoup plus de possibilités. Par exemple, l’industrie de la construction est en plein essor et peuvent donc y trouver du traval comme manœuvres et assistants. Chez les femmes, tout ce que nous pouvons faire, c’est de travailler comme domestiques ou dans le recyclage.

Comment avez-vous commencé à travailler comme récupératrice ?

Il y a 13 ans environ, je cherchais désespérément du travail parce que j’avais un petit enfant qui avait faim, qui pleurait, alors j’ai commencé à ramasser des boîtes de conserve. Un enfant ne comprend pas, il est dans le besoin, il a faim et, dans votre désespoir, vous êtes prêt à faire n’importe quoi.  Il y avait des jours où je n’avais pas d’argent. Je ne pouvais pas acheter du lait et lui donnais alors de l’eau mélangé avec du sucre.  L’instinct de survie m’a poussé à le faire. Je ne vais pas mentir… J’avais honte à l’époque mais maintenant c’est tout le contraire. Je suis consciente de ce que je fais. A cette époque, la discrimination sévissait, mais nous avons résisté insistant que la place des récupérateurs est dans la rue pour que tout le monde puisse les voir.