ALLIANCE MONDIALE DES RÉCUPÉRATEURS
ALLIANCE MONDIALE DES
RÉCUPÉRATEURS
L'Alliance Mondiale des Récupérateurs de déchets est un réseau d'organisations de récupérateurs soutenu par WIEGO, dans plus de 28 pays, plus spécialement en Amérqiue Latine, en Asie et en Afrique.
Supported by Logo WIEGO

par

Region

Country France

janvier 10, 2013


Check translation:

Kenya-waste-pickers

Bien que le processus ait été lent, à savoir la création d’une organisation solide, la lutte que mènent les récupérateurs au Kenya pour se faire entendre porte fruit et triomphe de leur image négative dans quatre villes (Nakuru, Mombasa, Kisumu et Nairobi) où ils sont perçus largement comme des fauteurs de troubles, d’autant plus que les gangs opèrent parfois des décharges. De fait, les récupérateurs gagnent honnêtement leur vie par la collecte, le tri et la vente de métaux tels que l’aluminium, le cuivre et le fer ainsi que des bouteilles et récipients en plastique, du tissu, des os et des déchets organiques.

Le tissu, par exemple, est vendu à des fabricants de housses de coussins et d’oreillers tandis que les os sont repris par les entreprises pour les transformer en alimentation animale et en filtres. Les bouteilles en verre vont aux fabricants de l’alcool et les déchets alimentaires sont utilisés pour nourir des poulets et des porcs. Les récupérateurs apportent donc une contribution importante à l’économie locale et nationale.

En s’organisant à chaque décharge, ils ont commencé à aborder les questions de bien-être. Certains groupes d’entraide ont lancé un plan d’épargne appelé « merry-go-round », une sorte de tontine par laquelle, chaque semaine, ils cotisent tous une somme d’argent et un cotisant reçoit le montant ainsi recueilli. D’autres groupes ont mis de côté une petite épargne pour venir en aide aux récupérateurs en cas de maladie. Cette « caisse de prévoyance » est vitale car la récupération n’est pas sans danger vu qu’ils manient des produits chimiques et des objets pointus, se blessent parfois et ne peuvent pas travailler pendant un certain temps.

Cette mobilisation à la base a engendré dans des villes des groupes qui se réunissent maintenant pour consolider la voix des récupérateurs. Ils ont créé des associations urbaines qui entendent nouer le dialogue avec les municipalités, les ministères et les autres parties prenantes de l’industrie.

En les aidant à créer les associations, WIEGO a offert à ces groupes une formation en leadership et du soutien à l’élaboration d’une constitution, deux domaines où ils avaient peu d’expérience et où l’apport de WIEGO a été donc très utile, sans compter le fait qu’ils ont beaucoup appris au fil du processus d’élaboration d’une constitution, en particulier comment faire fonctionner une organisation de façon démocratique.

Il a fallu un certain temps avant que les récupérateurs ne fassent confiance à WIEGO, vu que d’autres organismes d’aide sont venus auparavant et repartis. Mais, à l’inverse de ces derniers, l’approche de WIEGO est de donner aux récupérateurs les moyens de s’organiser eux-mêmes. Lorsque leur constitution a été certifiée par le gouvernement, ils ont été ravis car cette reconnaissance signifie qu’ils peuvent lever des fonds et que leur organisation sera perçue comme toute autre organisation.

En se dotant d’une organisation solide, les groupes de récupérateurs des quatre villes ont pu s’unir et se réjouissent de pouvoir rencontrer des gens d’autres régions, qui sont aux prises avec les mêmes problèmes. De plus, en s’organisant ainsi, ils se donnent réellement la possibilité de fonder une alliance nationale des récupérateurs

qui, de concert avec les associations urbaines, donneront aux récupérateurs un véritable poids. Déjà, ils gagnent en confiance à mesure qu’ils se prennent en charge et prennent des initiatives alors que, jusqu’ici, les municipalités ne les voient pas comme des travailleurs ou garants de la  bonne santé de l’environnement, même s’ils recyclent les déchets et préviennent la libération de gaz nocifs à effet de serre. Bientôt, les municipalités ne pourront plus les ignorer et devront nouer sérieusement le dialogue avec les récupérateurs constitués en un groupe solidaire et agissant.

Evalyne Wanyama